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Les webdocumentaires, webdoc : documentaires d’Internet

En mêlant les aspects ludiques et interactifs de l’internet et la rigueur du journalisme, les webdocumentaires révolutionnent la manière de montrer le réel. Une expérience unique, à portée de clic.

Un documentaire à la télé ou au cinéma, c’est un début, un milieu et une fin, point. Mais pour peu qu’on se pose des questions ou qu’on veuille aller plus loin, ça se complique. Il faut prendre le temps, faire des recherches, trier les infos… Laborieux et peu pratique. Avec l’arrivée du webdocumentaire, dit webdoc, oubliez tout ça. Cette forme de documentaire multimédia (utilisant la vidéo, la photographie, le son et le texte) diffusé sur internet propose une histoire principale et des chemins adjacents. Vous pouvez ainsi vous arrêter à un moment du récit, cliquer sur des objets ou sur un “personnage”, obtenir plus d’infos, revenir à l’histoire et en ressortir pour profiter d’une galerie photo ou de l’interview d’un spécialiste… Vous vivez alors une expérience unique et enrichie, un visionnage qui vous ressemble, loin de la linéarité du documentaire classique. Tout est allé très vite pour le webdoc. En trois ans, il s’est complexifié, professionnalisé, proposant de nouvelles interfaces, exploitant au maximum l’interactivité du net. En 2007, “Voyage au bout du charbon”, l’un des premiers du genre, relatant les conditions de travail dans les mines chinoises, proposait un récit à la première personne. L’internaute devait alors choisir entre plusieurs options, sur le modèle des livres dont vous êtes le héros. En 2010, “Prison Valley” traitant du système pénitentiaire américain, véritable industrie dans un pays en crise, allait plus loin. Tout au long d’un film de 58 minutes, des modules indépendants clignotent au bas de l’écran, calés sur la tête de lecture. Derrière les prospectus et les Polaroids, c’est une quarantaine d’éléments sonores, visuels et textes qui sont proposés à l’internaute. Une application iPhone, la mise en place de réseaux sociaux et quelques “tchats” avec des spécialistes du sujet (membres de l’Observatoire international des prisons ou du syndicat des surveillants de prison) complètent l’aspect interactif du projet. Avec 600 000 visionnages en dix mois, “Prison Valley” fait un carton.

Mais attention, pour Joël Ronez, responsable du pôle web d’Arte et producteur de “Prison Valley”, « le webdoc n’est pas un gadget. C’est avant tout une histoire forte et bien menée, il ne faut pas tomber dans l’écueil du zapping. » En 2008, la chaîne franco-allemande fait le pari d’investir dans ce documentaire à l’ADN modifié, en devenant producteur de contenu et non simple diffuseur. Trois ans plus tard, la chaîne est devenue une véritable locomotive du webdoc en France. Joël Ronez poursuit : « Le web est un média adulte. L’idée pour Arte était d’offrir autre chose qu’un simple copier-coller de programmes télés déjà existants. »

Depuis son coup d’envoi avec “Gaza/Sderot, la vie malgré tout”, un recueil de témoignages d’habitants de deux villes situées à la frontière israélopalestinienne, la chaîne a produit onze programmes avec la rigueur éditoriale qu’on lui connaît. Le responsable d’Arte Web précise : « Une vraie investigation, une vision proche de l’héritage du documentaire cinéma plutôt que du reportage, un point de vue d’auteur fort et un parti pris dans la réalisation, c’est ce que nous recherchons. » Mêmes exigences pour le quotidien “Le Monde” et sa page Lemonde. fr/ webdocumentaires, où les thématiques tournent autour de grands faits sociaux et culturels contemporains. Pour Boris Razon, rédacteur en chef du Monde. fr, le webdoc permet aussi aux rédactions d’expérimenter de nouvelles façons de traiter les sujets et agit en véritable outil de formation interne, à une époque où la presse écrite vit un profond bouleversement dû au net et à l’arrivée des tablettes de type iPad.

Si le webdoc remporte un franc succès, la question du modèle économique reste posée. Aujourd’hui, un webdocumentaire est financé par trois sources : le Centre national de la cinématographie, la société de production et le média diffuseur. L’internaute n’a rien à débourser… pour l’instant. Louis Villers, fondateur du site webdocu. fr, reste optimiste : « Certains voient son avenir dans les tablettes, d’autres dans des versions premium, donc payantes, des grands sites d’information. D’autres encore, dans son aspect plurimédia : un webdoc peut accompagner un livre ou une diffusion télé, qui ont déjà un business model bien établi. Une chose est sûre, le webdoc est devenu incontournable, le modèle économique va donc se mettre en place doucement. » Aujourd’hui, de plus en plus de marques et d’institutionnels se lancent dans l’aventure, conscients de l’efficacité du webdoc en tant qu’outil de communication. Pour Charles-Henry Frizon, rédacteur en chef chez Capa Entreprise, le webdoc est un vrai plus : « Dans un film institutionnel, le discours marketing ou statistique a souvent du mal à passer. Le webdoc propose une situation sensible et visuelle qui est le film, et tout ce qui est de l’ordre de l’info est traité par l’interaction, l’animation, l’infographie. On gagne sur tous les plans : en attractivité et en lisibilité. » Alors que toutes les possibilités du webdocumentaire ne sont pas encore entièrement exploitées, certains sont déjà en train de défricher d’autres terres. Arte vient ainsi de lancer “Addicts”, la première webfiction interactive… Tout va vite, très vite, alors que les “webspectateurs” que nous sommes commençons à peine à nous adapter aux infinies possibilités de ces nouveaux modes de narration.

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